Ma retraite je l'aime.
Les hommes meurent sans connaître la joie.
Si ta vie
s'endort, risque la.
Heureux le moment où nous serons
assis dans le palais
Toi et moi
Avec deux formes et deux visages mais une seule âme
Toi et moi
Les couleurs du bosquet et les voix des oiseaux
confèreront l'immortalité
Au moment où nous entrerons dans le jardin
Toi et moi
Les étoiles du ciel viendront nous regarder
Nous leur montrerons la lune elle même
Toi et moi
Jalâl ud Din Rumi
" Il nous appartient de veiller tous ensemble à ce que notre société reste une société dont nous soyons fiers: pas cette société de sans papiers, des expulsions, des soupçons à l'égard des immigrés, pas cette société où l'on remet en cause les acquis de la Sécurité Sociale, pas cette société où les médias sont entre les mains des nantis....c'est tout le socle des conquêtes sociales de la Résistance qui est aujourd'hui remis en cause....parce que le pouvoir de l'argent n'a jamais été aussi grand, insolent, égoïste, avec ses propres serviteurs jusque dans les plus hautes sphères de l'état..."
C'est un tout jeune homme de 93 ans, Stéphane Hessel, qui s'exprime ainsi dans "Indignez vous!"
Jamais plus on ne m'appellera plus maman.
Qu'ils sont poignants ces quelques mots dans l'église bondée. C'est son compagnon qui se charge de les lire, elle, elle n'a pas pu. Aujourd'hui, on enterre sa fille.
Sa fille.
A trente ans passés, elle rencontre « son prince ». C'est ainsi qu'elle l'appelle. L'amour, le grand, celui que depuis toujours l'on attend. Le temps de l'éblouissement, puis elle part travailler très loin. Un an, c'est bien long mais l'absence renforce la magie de leur rencontre. Elle rentre, retrouve son magnifique amant.
Il ne lui faut pas longtemps avant que n'éclate le drame. Une nuit de beuverie, poussé par des copains, il vient en pleine nuit frapper à la porte de son ex femme, poignarde son nouveau compagnon, sous les yeux de ses enfants.
Quels mots a t-il trouvé pour qu'elle lui pardonne?
Ou bien, tout simplement, ne pouvait elle renoncer à son rêve?
Elle pardonne. Va le voir en prison.
Mais, tout au fond, le mal la ronge, ce cancer qui finalement l'emporte.
Aujourd'hui, dans l'église bondée, une mère pleure son enfant. L'amant, avec une permission exceptionnelle, assiste aux obsèques, flanqué de ses deux petites filles, les mêmes qui ont vécu la nuit du meurtre.
Et l'on ne mesure jamais assez le bonheur de ces quelques mots. Que quelqu'un vous appelle.
« Maman! »
Parfois, dans la rue, il m'arrive de me retourner, comme s'il pouvait encore s'agir de ma fille, quand elle était petite.
A présent, qu'il m'est doux d'entendre cette autre jeune voix:
« Nanny! Nanny! »
Son bonheur, on ne le savoure jamais assez.
.
Quitter le Haut Diois et ses paysages, leur beauté, la lumière de ma vallée drômoise, chaque jour différente, sur les crêtes abruptes du Glandasse....
Retour en banlieue. Mais qu'est-il arrivé ce matin, un ciel si obscur, pourquoi? Sans soleil, faudra t-il vivre ainsi? Et comment font ils ceux qui connaissent seulement les brumes du nord?
Les herbes folles ont envahi le jardin ruisselant. Floc floc murmure une pluie tenace. A nouveau, se pencher vers la terre, arracher une à une les indésirables qui ont prospéré en mon absence... Quelle plaie...
Floc floc murmure une goutte, floc floc combien douce sa chanson.
Et cette odeur humide qui monte de la terre, reconnaissable entre toutes.
Quel calme alentour, le coeur s'apaise. Comme moi, mes parents se penchaient, la même odeur puissante de la terre. Et mes grands parents et... et... les générations se suivent, demeure la terre mouillée qui tache les mains.
Le « bienêtre » aujourd'hui coûte cher.
Ils ont perdu la terre, dommage, et ce goût des choses simples.
Mardi soir, bien calée sur mon divan, j'attendais le reportage « la grande traque », programmé à 22h40, sur la 2. Rien. A la place une de ces émissions insipides qui vous donnent tout de suite envie de zapper. De guerre lasse, je suis allée me coucher....
Cela avait débuté au matin, à l'heure du petit déjeuner:
« - Tu sais ce que j'ai entendu sur France Inter? »
Mon mari était mal réveillé,:
« - Hum... «
Moi, encore émue:
« - Le témoignage de Rwuandaises, des Tutsis que les soldats français venaient chercher dans les camps de réfugiés pour les violer ensuite, coups, viols collectifs, ils les laissaient inanimées.... Des soldats chargés de les protéger, tu te rends compte? Ils disaient qu'elles étaient de toute manière de futurs cadavres... »
En face de moi, mon mari beurrait sa tartine.
« - Tu sais quoi? Le procès commence aujourd'hui, l'armée dément, bien sûr. Et bien je parie que demain on n'en parle plus. Hélas! Quand on voit l'affaire DSK dont on nous a rebattu les oreilles. Deux poids, deux mesures. Et les associations féministes, elles vont en dire quoi tu crois les associations féministes?
En tout cas, moi j'ai honte. Et ce n'est pas la première fois que j'entends parler de cela. »
Le même soir était programmé ce reportage, une enquête sur les criminels rwuandais, hébergés en France et impunis.
Et voilà, disparue l'enquête, en tout cas, moi je ne l'ai plus retrouvée.
Par contre pari gagné, hélas. Le lendemain, plus un mot sur les Rwuandaises.